C'est désormais officiel: le gouvernement Olmert n'est plus, après la démission présentée par le premier ministre israélien ce
dimanche au président Shimon Peres. Pour autant, si la page Olmert est définitivement tournée, il reste encore beaucoup d'incertitudes sur celui ou celle qui sera aux commandes du pays dans les prochains mois et les prochaines années.
« Celui ou celle » parce qu'une femme pourrait bien devenir le prochain chef du gouvernement israélien, presque trente cinq ans après
Golda Meïr.
Tsipi Livni a en effet été élue la semaine dernière chef du parti centriste KADIMA et aura certainement la tâche de former sous 40 jours un
nouveau gouvernement soutenu par la majorité des députés de la Knesset.
La mission s'annonce très ardue pour l'ancienne ministre de la Justice et des Affaires étrangères dont la carrière politique a été,
jusque-là, dépourvue d'impairs.

Cinq défis vont s'avancer vers la nouvelle dirigeante de Kadima:
1/ D'abord, bien sûr recueillir le soutien d'une majorité de parlementaires afin de former un
gouvernement.
Les tractations ont déjà commencé. Le parti travailliste, celui des retaités ou encore la formation arabe israélienne devraient apporter leur soutien à Livni. On parle aussi du renfort du parti
d'extrême gauche, le Merets ainsi que du parti du Judaïsme Unifié. Quant au Shas, son chef Elie Yishaï a formulé certaines exigences, principalement sur le versement de nouvelles aides sociales
et sur le caractère indisible de la ville de Jérusalem, des exigences qui pourraient faire réflechir à deux fois Tsipi Livni.
Ce premier défi n'est pas des plus aisés et il est loin d'être certain que Livni réussisse à former un nouveau gouvernement
dans le temps imparti. En tous les cas, si elle y parvenait, elle devra s'atteler à d'autres tâches, tout aussi complexes à
résoudre.
2/ Elle devra d'abord réussir à réorganiser son parti, très divisé comme on l'a vu lors des
dernières primaires. Elle devra faire taire les animosités et les rancoeurs nées de la bataille électorale au sein de Kadima contre Shaoul Mofaz, et cela afin de faire de son parti une machine de
guerre propre à battre le Likoud de Benyamin Netanayou lors des prochaines élections législatives. Celles-ci pourraient en effet être organisées à la fin de l'hiver ou au début de printemps en
cas d'échec de Livni à former un nouveau gouvernement.
3/ Toujours sur le plan intérieur, Tsipi Livni, qui a beaucoup axé sa campagne sur son honnêteté, ses « mains propres », devra essayer
de reconquérir le coeur de citoyens, écoeurés par une classe politique corrompue et dévoyée. Et les récentes affaires Olmert, mais aussi Katsav, Ramon,
Weizmman ont mis en avant des pratiques que la démocratie israélienne ne saurait tolérer. Cette démocratie, dont la capacité d'auto-critique est exceptionnelle, a besoin d'être réformée au niveau
de ses institutions, de ses modes d'élection mais aussi de la pratique de ses élites politiques.
4/ Tsipi Livni devra par ailleurs montrer qu'elle est une véritable chef d'Etat, qu'elle est capable de prendre des décisions essentielles, dans de
très délais, et qui engagent l'avenir de ses concitoyens. En effet, le poste de premier ministre est bien différent de celui de ministre des affaires étrangères. Et celle que beaucoup appelle
« Tsipi », comme on disait hier « Golda », devra démontrer son sang froid, sa capacité d'analyse et son sens des responsabilités.
5/ Enfin, la nouvelle leader de Kadima devra se positionner, davantage qu'elle ne l'a fait dans le passé, sur les dossiers de politique étrangère et de
défense.
Souhaite-t-elle ainsi marcher dans les pas d'Ehoud Olmert concernant les Palestiniens? Acceptera-t-elle de faire des concessions lourdes sur Jérusalem, ou les réfugiés palestiniens?
S'engagera-t-elle dans des négociations, qui s'annoncent très compliquées, avec le président syrien Bachar el Assad? Se décidera-t-elle à se
séparer du Golan?
Enfin, dossier capital, quelle sera sa politique face à l'Iran? Les observateurs estiment que sur ce dossier, tout se jouera dans les prochains
18 mois. Israël choisira-t-il la voie de la force, en attaquant les installations nucléaires iraniennes? Dans ce cas là, pourrait-il s'appuyer sur un soutien américain qui est loin d'être acquis
aujourd'hui?
Ou, à l'inverse, Tsipi Livni choisira-t-elle d'attendre et de laisser encore leur chance aux sanctions diplomatiques?
Dans ce contexte géopolitique très difficile pour l'Etat d'Israël, le prochain premier ministre, qu'il se nomme Tsipi Livni, Benyamin Netanayou
ou Ehoud Barak, cet homme ou cette femme aura sur sa table de travail un nombre de dossier requérant des décisions lourdes, probablement les plus délicates à prendre depuis la création de l'Etat
il y a soixante ans.